✦ Contenu exclusif VIP ✦
La première après Khadijah
Khadijah mourut en l'an 10 de la prophétie. Le Prophète ﷺ était en deuil. Khawla bint Hakîm — radi Allahu anha — vint lui suggérer un remariage. Il demanda qui. Elle proposa Sawda bint Zam'a — une veuve croyante qui avait emigré en Abyssinie — et Aïsha bint Abî Bakr, fiancée mais encore enfant.
Ibn Sa'd rapporte dans At-Tabaqât (vol. 8, p. 52) que Sawda accepta immédiatement. Elle n'avait pas de clan puissant pour la protéger, pas de richesse, pas de jeunesse à faire valoir. Elle avait la foi et la disponibilité.
C'est elle qui prépara la maison pour les années qui suivirent. C'est elle qui géra le foyer pendant que le Prophète ﷺ portait la da'wa. Elle était pratique, efficace, bienveillante.
Le don de sa nuit
Quand le Prophète ﷺ avait plusieurs épouses, il devait passer un nombre équitable de nuits avec chacune. Sawda, en vieillissant, craignait qu'il ne la répudie. Elle dit : « Ô Messager d'Allah, ma nuit avec toi, je la donne à Aïsha. »
Sahîh Al-Boukhâri (n° 5212) et Sahîh Muslim (n° 1463) rapportent cet épisode. C'est à ce sujet que fut révélé le verset : « S'il y a crainte de la part d'une femme que son mari la répudie ou se détourne d'elle, il n'y a pas de péché pour les deux époux à se réconcilier. » (Coran, Al-Nisâ, 4 : 128).
Aïsha — radi Allahu anha — dit dans la suite de ce hadith : « Et c'est pourquoi j'ai toujours dit que le Prophète ﷺ allait parfois chez Sawda, par respect pour sa décision. » Il ne l'abandonna pas. Il la respecta davantage pour sa générosité.
Sa nature
Elle était connue pour son humour et sa franchise. Aïsha rapporte plusieurs anecdotes où Sawda faisait rire le Prophète ﷺ. Ibn Hajar cite dans Al-Isâba un récit où, lors de la nuit de Muzdalifa, Sawda demanda à partir plus tôt parce qu'elle était lente. Le Prophète ﷺ lui permit de partir avant la foule — c'est une sounna encore en vigueur aujourd'hui pour les personnes âgées ou faibles.
Elle avait le sens de l'humain. Elle savait ce qu'elle était et ce qu'elle n'était pas. Et dans cet espace de connaissance de soi, elle avait trouvé une paix que beaucoup cherchent sans trouver.
Contexte de révélation du verset 4:128
Le fait que le geste de Sawda ait produit une révélation coranique est significatif. Allah ne révéla pas seulement une règle abstraite — Il ancra cette règle dans une réalité vécue, dans la vie d'une femme ordinaire qui choisit la générosité sur la jalousie.
Le verset (4 : 128) établit que la réconciliation dans le mariage est meilleure que la rupture, et que si une femme craint l'éloignement de son mari, elle peut proposer un arrangement. Sawda a mis son ego de côté et a cherché l'arrangement le plus bénéfique pour tout le monde.
Applications pour la femme musulmane aujourd'hui
Sawda nous enseigne que la valeur dans une relation ne vient pas de la rivalité ou de la comparaison. Elle vient de la sincérité, du service, et de la conscience de ce qu'on peut donner.
Elle enseigne aussi que vieillir dans la foi est une grâce — que les années n'enlèvent pas la valeur, elles la révèlent. Et qu'il y a une forme de liberté dans le fait de ne pas chercher à être ce qu'on n'est pas.
Questions de réflexion
Sawda a donné quelque chose qui lui appartenait légitimement pour éviter une rupture. Dans nos relations, qu'est-ce que nous préférons garder pour nous quand le bien commun demanderait qu'on lâche ?
Invocation
Allâhumma innas-as'aluka r-ridhâ ba'dal-qadhâ'
Ô Allah, je Te demande l'agrément après Ton décret.
(An-Nasâ'î — hadith sahîh)
ﷺ — رضي الله عنها — Qu'Allah soit satisfait d'elle.
Références
- Sahîh Al-Boukhâri, n° 5212 — Sahîh Muslim, n° 1463 (don de sa nuit à Aïsha)
- Coran, Sûrat Al-Nisâ (4 : 128) — révélation suite au geste de Sawda
- Ibn Sa'd, At-Tabaqât al-Kubrâ, vol. 8, p. 50–58
- Ibn Hajar Al-'Asqalânî, Al-Isâba, vol. 8, n° 11521
- Adh-Dhahabî, Siyar A'lâm al-Nubalâ, vol. 2, p. 262–265