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La fille d'un ennemi de l'Islam
Abû Sufyân ibn Harb était l'un des plus puissants chefs de La Mecque et le principal adversaire du Prophète ﷺ pendant des années. Sa fille Ramla embrassa l'Islam parmi les premiers croyants, sans que son père ne l'y ait encouragée, sans qu'une pression familiale n'explique ce choix.
Ce choix lui coûta tout. Elle émigra d'abord en Abyssinie avec son mari Ubaydallah ibn Jahsh. Là-bas, loin de tout soutien, son mari apostasia et se convertit au christianisme. Il mourut dans cet état. Ramla se retrouva veuve, dans un pays étranger, avec une fille en bas âge, sans ressources familiales.
Ibn Sa'd rapporte dans At-Tabaqât (vol. 8, p. 98) qu'elle dit : « J'ai rêvé que quelqu'un m'appelait Umm al-Mu'minîn. » Elle ne comprit qu'après la demande en mariage du Prophète ﷺ ce que ce rêve signifiait.
Le mariage par l'intermédiaire du Négus
Le Prophète ﷺ lui envoya une demande en mariage depuis Médine, via le roi chrétien d'Abyssinie. Le Négus lui-même officia pour le mariage, en son absence, agissant comme wakîl (représentant) du Prophète ﷺ, et lui offrit un mahr de quatre cents dinars de sa propre fortune.
Sahîh Muslim (n° 2448) rapporte ce récit dans les détails. Umm Habiba dit qu'elle fut submergée d'une joie qu'elle n'avait pas connue depuis longtemps. Allah avait répondu à sa solitude et à sa persévérance d'une façon qu'elle n'avait pas anticipée.
La rencontre avec son père
Quand Abû Sufyân vint à Médine, bien avant sa conversion, pour tenter de négocier avec le Prophète ﷺ après la rupture du traité de Hudaybiyya, il alla voir sa fille. Il voulut s'asseoir sur la natte du Prophète ﷺ. Sahîh Al-Boukhâri (n° 4655) rapporte qu'Umm Habiba plia la natte avant qu'il ne s'y assoie et dit : « Cette natte appartient au Prophète d'Allah ﷺ, et tu es un homme impur. »
Abû Sufyân fut frappé par la réponse de sa propre fille. Ce geste clair, dit sans hostilité excessive mais sans équivoque, illustre ce qu'était Umm Habiba : une femme qui n'avait jamais laissé les liens du sang brouiller sa loyauté envers Allah et Son Messager ﷺ.
Sa relation avec Aïsha
Quand Abû Bakr mourut — rapporte Sahîh Al-Boukhâri — Umm Habiba envoya à Aïsha, sa co-épouse, la colombe et le bijou que le Prophète ﷺ lui avait donnés. C'est un geste documenté de générosité entre co-épouses, dans un contexte où les rivalités étaient souvent évoquées.
Elle vécut jusqu'à l'an 44 H. et transmit 65 hadiths, selon le décompte d'Ibn Hajar dans Fath Al-Bârî.
Les applications pour la femme musulmane aujourd'hui
L'histoire d'Umm Habiba parle directement aux femmes qui vivent dans des familles non-musulmanes ou opposées à l'Islam, à celles qui font face à l'isolement pour leur foi, et à celles qui ont vécu des ruptures douloureuses — mariages, séparations — qu'elles n'ont pas choisies.
Elle dit : la solitude dans la foi n'est pas un signe d'abandon. Elle dit que les choix qu'on fait pour Allah, même quand ils coûtent tout, ne passent pas inaperçus. Elle dit que le fait que notre famille ne partage pas notre foi ne diminue pas notre rang devant Allah.
Elle était la fille de l'ennemi de l'Islam. Elle devint Umm al-Mu'minîn — la mère des croyants. Ce titre, Allah le lui donna Lui-même dans le Coran (Al-Ahzâb, 33 : 6).
Questions de réflexion
Umm Habiba a choisi Allah avant sa famille, avant sa sécurité, avant tout confort. Quelle est la chose que nous hésitons à sacrifier pour notre foi ?
Elle a fait confiance à Allah dans la solitude absolue d'Abyssinie, sans savoir ce que l'avenir lui réservait. Sommes-nous capables de faire confiance à Allah sans connaître la suite ?
Invocation
Allâhumma innî as'aluka thabâtan fî l-amri wa-'azîmatan 'alâ r-rushdi
Ô Allah, je Te demande la fermeté dans ma foi et la résolution sur le droit chemin.
(Musnad Ahmad — hadith sahîh)
ﷺ — رضي الله عنها — Qu'Allah soit satisfait d'elle.
Références
- Sahîh Muslim, n° 2448 (mariage par le Négus, détails et récit)
- Sahîh Al-Boukhâri, n° 4655 (l'épisode avec son père Abû Sufyân)
- Coran, Sûrat Al-Ahzâb (33 : 6) — titre d'Umm al-Mu'minîn
- Ibn Sa'd, At-Tabaqât al-Kubrâ, vol. 8, p. 96–102
- Ibn Hajar Al-'Asqalânî, Al-Isâba, vol. 8, n° 11553
- Adh-Dhahabî, Siyar A'lâm al-Nubalâ, vol. 2, p. 218–222