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La gardienne du premier mushaf
L'histoire de la compilation du Coran est l'une des plus importantes de l'histoire islamique. Après la bataille de Yamâma (l'an 11 H.), où un grand nombre de huffâz moururent, Umar ibn al-Khattâb s'inquiéta que des pans du Coran soient perdus avec eux. Il proposa à Abû Bakr de faire compiler le Coran.
Zayd ibn Thâbit fut chargé de ce travail monumental. Sahîh Al-Boukhâri (n° 4986) décrit en détail le processus : chaque verset fut accepté seulement avec deux témoins attestant l'avoir entendu directement du Prophète ﷺ. Le résultat — le premier mushaf unifié — fut d'abord gardé par Abû Bakr, puis par Umar à sa mort.
Umar mourut en 23 H. Ce mushaf fut alors confié à sa fille Hafsa. Ibn Hajar Al-'Asqalânî précise dans Fath Al-Bârî (vol. 9) que ce mushaf resta chez elle jusqu'au califat d'Uthmân, qui l'emprunta pour en faire faire des copies standardisées pour les différentes provinces de l'Islam.
Elle garda le Coran. Pendant des années. Dans sa maison. C'est une responsabilité que peu de personnes dans l'histoire ont portée.
L'épouse que Jibrîl recommanda
Son premier mari, Khunays ibn Hudhâfa, mourut des suites de ses blessures à Badr. Umar proposa sa fille à Abû Bakr, qui ne dit rien, puis à Uthmân, qui déclina. Il se plaignit au Prophète ﷺ de cet affront.
Le Prophète ﷺ dit alors : « Hafsa sera mariée à quelqu'un de meilleur qu'Uthmân, et Uthmân sera marié à quelqu'un de mieux qu'Hafsa. » Il la demanda lui-même en mariage. Ibn Sa'd rapporte (At-Tabaqât, vol. 8, p. 62) que Jibrîl dit au Prophète ﷺ : « Reviens vers Hafsa, car c'est une femme de jeûne et de prière nocturne, et elle sera ton épouse au Paradis. »
Ce hadith, rapporté par Ibn Sa'd et Al-Hâkim avec une chaîne discutée, est cependant mentionné par plusieurs savants. Son sens est clair : sa piété avait une valeur aux yeux d'Allah qui dépasse ce que ses contemporains mesuraient.
La femme de jeûne et de prière nocturne
Ce qui est établi avec certitude, c'est sa réputation de piété intense. Les sources s'accordent sur sa fréquence de jeûne et de qiyâm al-layl. Ibn Sa'd la cite parmi les épouses du Prophète ﷺ les plus assidues dans les actes de dévotion volontaire.
Elle vécut jusqu'à l'an 45 H. — soit plus de trente ans après la mort du Prophète ﷺ — en continuant à transmettre les hadiths qu'elle avait entendus et à garder le mushaf qui lui avait été confié.
Ce que sa vie nous enseigne
Hafsa nous enseigne que certaines responsabilités sont données à ceux qui les méritent par leur fiabilité. On lui confia le Coran parce qu'on savait qu'elle le garderait. On lui fit confiance parce qu'elle l'avait méritée par sa rigueur et sa piété.
Elle nous rappelle aussi que le service rendu à la connaissance islamique — même de façon silencieuse, même en gardant simplement quelque chose en lieu sûr — peut avoir une portée que nous ne mesurons pas de notre vivant.
Chaque fois que nous lisons le Coran, il y a dans cette chaîne de transmission le nom d'une femme qui le garda dans sa maison.
ﷺ — رضي الله عنها — Qu'Allah soit satisfait d'elle.
Références
- Sahîh Al-Boukhâri, n° 4986 (compilation du Coran sous Abû Bakr et dépôt chez Hafsa)
- Ibn Sa'd, At-Tabaqât al-Kubrâ, vol. 8, p. 60–68
- Ibn Hajar Al-'Asqalânî, Fath Al-Bârî, vol. 9 (commentaire de la compilation du Coran)
- Ibn Hajar Al-'Asqalânî, Al-Isâba, vol. 8, n° 11494
- Adh-Dhahabî, Siyar A'lâm al-Nubalâ, vol. 2, p. 224–228