Asma bint Abi Bakr — radi Allahu anha — est connue dans les livres de sirah sous un surnom qui dit tout sur qui elle était : Dhat An-Nitaqayn, la Femme aux deux ceintures.
Ce surnom vient d'un acte concret : lors de la Hijra, quand le Prophète ﷺ et son père Abu Bakr se cachaient dans la grotte de Thawr en attendant de partir vers Médine, Asma leur préparait de la nourriture. Elle n'avait pas de corde pour fermer le sac. Elle a déchiré sa propre ceinture en deux — une moitié pour attacher le sac, l'autre pour elle.
“ Le Prophète ﷺ lui a dit : 'Allah te donnera en échange deux ceintures au Paradis.' ”
Sahih Al-Bukhari, n°3907
Un geste ordinaire — déchirer une ceinture. Une récompense extraordinaire. C'est le paradoxe de la vie islamique : ce sont souvent les petits actes, faits avec sincérité dans les moments difficiles, qui portent le plus grand poids devant Allah.
Asma vivait la pudeur non pas comme une contrainte mais comme une identité. Elle travaillait dur — elle s'occupait du cheval de son mari Az-Zubayr ibn Al-Awwam, portait les noyaux de dattes sur sa tête depuis une longue distance. Elle n'attendait pas qu'on lui facilite la tâche. Elle faisait.
“ Asma bint Abi Bakr disait : 'Ne retenez pas, sinon Allah vous retiendra. Dépensez dans le chemin d'Allah autant que vous le pouvez.' ”
Sahih Al-Bukhari, n°1433
Elle a vécu jusqu'à cent ans. Elle a perdu son fils — Abdullah ibn Az-Zubayr, l'un des grands héros de l'Islam — dans des circonstances dramatiques. Al-Hajjaj, le gouverneur tyrannique, l'a fait crucifier et a refusé qu'on enlève le corps. Asma était âgée, presque aveugle. Elle est allée voir Al-Hajjaj en personne et lui a dit des mots que l'histoire a retenus :
“ Le cavalier attendait depuis longtemps votre monture. Vous l'avez perdue ce jour. ”
Sirah Ibn Hisham et autres sources biographiques
Elle n'a pas pleuré devant lui. Elle n'a pas supplié. Elle lui a dit la vérité en face — avec la dignité de quelqu'un qui sait que sa vie appartient à Allah et non à un tyran.
Asma — radi Allahu anha — nous enseigne que la pudeur véritable n'affaiblit pas une femme. Elle lui donne une force que les oppresseurs ne peuvent pas comprendre.