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Première émigration en Abyssinie
Umm Salama est l'une des rares Compagnes à avoir fait les deux hijras : d'abord vers l'Abyssinie, quand les Musulmans de La Mecque fuyaient la persécution, puis vers Médine après le départ du Prophète ﷺ.
Ibn Sa'd rapporte dans At-Tabaqât al-Kubrâ (vol. 8, p. 87) que lors de la Hijra vers Médine, son clan refusa qu'elle parte avec son mari Abû Salama. Ils la séparèrent de lui, gardirent leur fils. Elle passa une année entière à pleurer chaque jour, seule, jusqu'à ce que la situation se dénoue.
Cette patience — une année entière de séparation, sans renier, sans revenir en arrière — est l'un des signes de sa trempe spirituelle.
La prière enseignée par le Prophète ﷺ
Sahîh Muslim (n° 918) rapporte que quand Abû Salama mourut, le Prophète ﷺ vint lui rendre visite et lui enseigna la formule à dire dans l'épreuve : Innâ Lillâhi wa-innâ ilayhi râji'ûn. Allâhumma ujurnî fî musîbatî wa-akhluf lî khayran minhâ.
Elle dit qu'elle pensa : « Comment Allah pourrait-Il me donner quelqu'un de meilleur qu'Abû Salama ? » Et pourtant elle prononça la prière. Parce qu'elle faisait confiance — même sans comprendre comment cela était possible.
Puis le Prophète ﷺ lui fit une demande en mariage. Le hadith de Muslim conclut ainsi : Allah lui donna quelqu'un de meilleur.
C'est l'une des preuves concrètes dans la Sounna que cette invocation fonctionne. Non pas comme une formule magique — mais comme un acte de remise totale à Allah, qui ouvre la voie à ce qu'on ne sait pas encore imaginer.
La révélation du verset sur l'égalité spirituelle
C'est elle qui, par une question posée directement au Prophète ﷺ, fut à l'origine de la révélation de l'un des versets les plus forts du Coran sur la place des femmes.
At-Tirmidhî et d'autres rapportent qu'elle dit au Prophète ﷺ : « Je n'entends pas le Coran parler des femmes qui ont émigré. » C'est alors que fut révélé le verset :
« Les musulmans et les musulmanes, les croyants et les croyantes, les hommes et les femmes obéissants... Allah a préparé pour eux un pardon et une récompense immense. »
(Coran, Al-Ahzâb, 33 : 35)
Sa question a produit une révélation. Sa curiosité théologique a laissé une trace dans le Coran que les générations lisent jusqu'à aujourd'hui.
Ce que sa vie nous enseigne
Umm Salama nous enseigne que poser des questions à bon escient est un acte spirituel. Que la curiosité sur sa propre place dans la foi n'est pas de l'orgueil — c'est de la conscience.
Elle nous enseigne aussi que la supplication dans l'épreuve, prononcée avec une foi réelle, est une porte. Pas nécessairement vers ce qu'on attendait. Mais vers ce qu'Allah sait être meilleur.
Et elle nous rappelle que les femmes qui émigrent pour Allah — qu'elles quittent un pays, une relation, une habitude — sont vues et comptées dans le Livre d'Allah.
ﷺ — رضي الله عنها — Qu'Allah soit satisfait d'elle.
Références
- Sahîh Muslim, n° 918 (prière dans l'épreuve et hadith de la consolation)
- At-Tirmidhî, Sunan, n° 3211 (contexte de révélation de 33 : 35)
- Coran, Sûrat Al-Ahzâb (33 : 35) — verset sur l'égalité spirituelle
- Ibn Sa'd, At-Tabaqât al-Kubrâ, vol. 8, p. 86–101
- Ibn Hajar Al-'Asqalânî, Al-Isâba, vol. 8, n° 11561