✦ Contenu réservé aux membres ✦
La nuit de la Hijra
La Hijra — l'émigration de La Mecque vers Médine — est l'un des moments les plus décisifs de l'histoire de l'Islam. Et dans cette nuit fondatrice, Asmâ joua un rôle que les livres de Sîra ont soigneusement conservé.
Elle était la seule à savoir. Elle préparait la nourriture, organisait les provisions, cachait les informations sous la menace. Ibn Hishâm rapporte qu'Abû Jahl vint lui-même à la maison d'Abû Bakr pour interroger Asmâ. Quand il comprit qu'elle ne parlerait pas, il la frappa. Elle ne dit pas un mot sur l'endroit où se trouvait son père.
Ce silence sous la violence physique — de la part d'une femme enceinte — est l'un des actes de courage discrets que l'histoire islamique a retenus comme exemplaires.
Dhât al-Niqatayn
Son surnom, rapporté par Ibn Sa'd dans At-Tabaqât al-Kubrâ (vol. 8, p. 182), vient d'un geste simple : pour attacher le sac de nourriture qu'elle portait en secret à la grotte, elle n'avait pas de corde. Elle déchira sa ceinture en deux. Le Prophète ﷺ lui dit qu'Allah lui en donnerait deux en échange au Paradis.
Ce hadith est rapporté dans Sahîh Al-Boukhâri, n° 3907. C'est à la fois une anecdote historique et une promesse prophétique — pour un geste qui, vu de l'extérieur, n'avait rien d'exceptionnel.
Son fils Abdallah ibn al-Zubayr
Elle vécut assez longtemps pour voir son fils Abdallah ibn al-Zubayr — né durant la Hijra, premier enfant né des Muhajirun à Médine — prendre le pouvoir à La Mecque, tenir tête au calife omeyyade, et finir crucifié sur les murs de la Ka'ba en l'an 73 H.
Ibn Sa'd rapporte qu'elle avait alors cent ans et qu'elle était devenue aveugle. Quand on lui annonça la mort de son fils, elle dit : « Il est temps qu'il se repose, et que tu te reposes de lui. » Ce n'était pas de l'indifférence. C'était la foi d'une femme qui avait compris, depuis la grotte de Thawr, que certaines choses appartiennent à Allah.
Elle mourut quelques jours après son fils. Sahîh Muslim, n° 1773 rapporte que l'avant-dernière rencontre entre Asmâ et son fils eut lieu alors qu'il était encore au pouvoir, et qu'elle lui dit des mots d'une lucidité rare sur la mort et la dignité.
Ce que sa vie nous enseigne
Cent ans de vie islamique. Cent ans qui commencèrent par une nuit dans le désert, une ceinture déchirée, et le choix de ne pas parler sous les coups.
Elle nous enseigne que le courage n'est pas toujours spectaculaire. Que les actes qui comptent le plus peuvent être des actes silencieux — des provisions préparées dans l'obscurité, une ceinture partagée, une porte gardée.
Et que tenir jusqu'au bout — jusqu'à cent ans — est en soi une forme de grandeur.
ﷺ — رضي الله عنها — Qu'Allah soit satisfait d'elle.
Références
- Sahîh Al-Boukhâri, n° 3905–3907 (Dhât al-Niqatayn et la Hijra)
- Sahîh Muslim, n° 1773 (son discours à son fils)
- Ibn Hishâm, Al-Sîra al-Nabawiyya, vol. 1 (nuit de la Hijra)
- Ibn Sa'd, At-Tabaqât al-Kubrâ, vol. 8, p. 182–193
- Ibn Hajar Al-'Asqalânî, Al-Isâba, vol. 8, n° 11474