La générosité des Sahabiyyat n'était pas une générosité de surplus. Ce n'était pas : j'ai trop, donc je donne. C'était : je donne, même si je n'ai pas trop.
Asma bint Abi Bakr — radi Allahu anha — disait à ses proches une phrase que les livres de hadith ont gardée précieusement :
“ 'Ne retenez pas, sinon Allah vous retiendra. Donnez autant que vous pouvez. Ne comptez pas.' ”
Sahih Al-Bukhari, n°1433
Ne comptez pas. Ces deux mots sont une philosophie complète de la générosité islamique. Le calcul tue la générosité. Quand on commence à mesurer, peser, comparer ce que l'on donne et ce que l'on reçoit en retour, on a déjà quitté le territoire de la générosité véritable.
Zaynab bint Jahsh travaillait de ses mains — elle tannait les peaux, brodait — et donnait tout le produit de son travail. Zaynab bint Khuzaymah — radi Allahu anha — était surnommée Umm Al-Masakin, la Mère des pauvres, parce qu'elle nourrissait les démunis avec une constance remarquable.
“ La parabole de ceux qui dépensent leurs biens dans le sentier d'Allah est celle d'un grain qui produit sept épis, chaque épi contenant cent grains. Et Allah multiplie à qui Il veut. ”
Sourate Al-Baqarah, verset 261
Sept cents fois. C'est la multiplication que le Coran promet pour ce qui est donné dans le chemin d'Allah. Mais cette promesse n'est pas un argument commercial — donnez pour recevoir davantage. C'est une invitation à comprendre que la générosité a une logique spirituelle qui dépasse la comptabilité humaine.
Les Sahabiyyat donnaient non pas parce qu'elles espéraient un retour immédiat. Elles donnaient parce qu'elles avaient compris que ce qu'on possède dans ce monde est un dépôt temporaire, et que le meilleur usage d'un dépôt est de le faire circuler.
Donner sans compter. C'est peut-être la leçon la plus difficile de cette semaine. Et peut-être la plus transformatrice.