Extrait libre
La Plume des Sahabiyyat • Volume XV
Série principale • Saison I

La gratitude — Ash-Shukr

La gratitude n'est pas une posture. C'est une discipline. Les Sahabiyyat l'ont pratiquée à des époques où elles avaient objectivement moins que vous.

5 min de lecture Jour 15 · Lundi Extrait libre

Il y a une différence entre dire alhamdulillah et vivre alhamdulillah.

La première est une parole. La deuxième est un regard sur le monde — entraîné, cultivé jour après jour — qui fait qu'on commence à voir les dons avant de voir les manques.

“ La gratitude, dans la tradition islamique, n'est pas une émotion que l'on attend. C'est une pratique que l'on installe. ”
La Plume des Sahabiyyat — Vol. XV

Les Sahabiyyat vivaient dans des conditions que nous ne choisirions pas. Et pourtant leurs paroles transmises dans les hadiths sont remplies de douceur et de confiance dans la bonté d'Allah.

Ce n'est pas de la naïveté. Ce n'est pas de l'ignorance de leurs difficultés. C'est de la discipline spirituelle. La gratitude était leur première arme contre le désespoir.

Umm Sulaym a donné ses bijoux en dot lors de son mariage. Pas par nécessité. Par choix. Parce qu'elle estimait que la foi de son époux valait plus que l'or. C'est ça, la gratitude au sens profond : savoir ce qui vaut vraiment.

La gratitude n'est pas une posture. C'est une discipline. Les femmes qui nous ont précédées n'ont pas remercié Allah parce que leur vie était facile. Elles L'ont remercié parce qu'elles avaient compris que même dans la difficulté, il y a une grâce.

“ Si vous êtes reconnaissants, J'augmenterai pour vous. Si vous êtes ingrats, Mon châtiment est certes sévère. ”
Sourate Ibrahim, verset 7

Ash-Shukr — la gratitude — est l'un des attributs les plus valorisés dans le Coran. Il revient dans des dizaines de versets, sous des formes différentes, avec une insistance qui dit quelque chose d'important : Allah n'a pas besoin de notre gratitude. Mais nous, nous avons besoin de la pratiquer.

Umm Sulaym — radi Allahu anha — en est l'incarnation la plus bouleversante. Son fils unique est mort pendant que son mari Abu Talha était absent. Elle a lavé et préparé le corps de l'enfant. Elle a attendu le retour de son mari. Quand il est arrivé, elle lui a posé une question : si quelqu'un te confie un dépôt, puis vient le reprendre, dois-tu le rendre ?

Il a dit : oui, bien sûr.

Elle a dit : Allah nous avait confié cet enfant en dépôt. Il est venu le reprendre. Hamdulillah.

“ Le Prophète ﷺ, ayant appris cette histoire, a dit : 'Qu'Allah bénisse votre nuit.' Et Umm Sulaym a conçu un enfant cette nuit-là. ”
Sahih Muslim, n°2144

Ce récit est l'un des plus cités dans les livres de morale islamique. Non pas parce qu'il minimise la douleur de la perte. Un enfant qui meurt est une douleur réelle, profonde, irremplaçable. Mais parce qu'il montre ce que peut faire la gratitude — non pas la gratitude de façade, mais la gratitude ancrée dans la conviction théologique que tout appartient à Allah.

Cette conviction ne supprime pas la douleur. Elle la place dans un cadre. Et ce cadre permet de tenir.

Umm Sulaym — radi Allahu anha — nous enseigne que la gratitude la plus profonde n'est pas celle que l'on ressent quand tout va bien. C'est celle que l'on choisit quand tout s'effondre.


Action du Jour
Votre action du jour
Ce matin, avant de vérifier votre téléphone — nommez trois choses pour lesquelles vous êtes reconnaissante aujourd'hui. Spécifiques. Pas générales.

Pas « ma santé ». Mais « que j'ai pu me lever ce matin. » La précision est l'âme de la gratitude.
Du’â du Jour
Invoquez avec intention
اللّهُمَّ أَعِنِّي عَلَى ذِكْرِكَ وَشُكْرِكَ وَحُسْنِ عِبَادَتِكَ
« O Allah, aide-moi à T'invoquer, à T'être reconnaissant(e) et à T'adorer comme il se doit. »